Hélas… La morne intersaison NBA est arrivée, pesant comme un couvercle sur notre esprit gémissant en proie aux longs ennuis (aaaaah, le bac français…).
Histoire de ne pas s’empâter, voici une nouvelle édition de notre « Glossaire basket », rubrique via laquelle nous définissons et contextualisons des expressions anglophones propres au champ lexical basketballistique avec humour, en évitant d’être trop techniques. Un moyen ludique pour les non-initiés de découvrir les arcanes de la culture basket, et pour les habitués de rigoler un peu.

Au programme de cette édition : le flop.

Point orangePoint orangePoint orange

to flop [flɒp] vi : (drop etc) s’effondrer, s’affaler.

Terme péjoratif désignant tout acte de simulation d’un joueur, qu’il chute en l’absence de contact, accentue de manière grotesque les effets d’une collision ou feigne d’avoir reçu un coup. Utilisé par des joueurs roublards dans le but de faire sanctionner leur adversaire direct d’une faute, voire de le faire exclure de la partie, le flop est un dévoiement des règles visant à obtenir un avantage concurrentiel indu.

Derrière le flop, une question philosophique : tous les moyens sont-ils vraiment bons pour remporter la victoire ? Le débat est particulièrement d’actualité au sortir d’une Coupe du Monde de football durant laquelle les roulés-boulés et autres cris de douleur de Neymar furent autant de memes attestant, s’il était besoin, du niveau risiblement endémique de simulation qui gangrène le sport roi.
Car lorsque l’on évoque le phénomène de la simulation, le basketball n’est pas le premier sport à venir à l’esprit. Permettons-nous une brève incursion chez nos amis du ballon rond. Il semble que la plupart des amateurs de foot acceptent ce phénomène de simulation comme faisant partie intégrante de ce sport, certains par la force de l’habitude, d’autres y voyant un reflet de la « vraie vie » et sa part de vice et d’injustice. A en écouter certains, on finirait même par croire que la dramaturgie de quelques bougres aux coupes suspectes trottinant sur un rectangle d’herbe rase égale Sophocle et Euripide
S’il s’agit avant tout d’une question de point de vue, le nôtre est clair et nous incite à la prise de recul. Basketball, football, boxe, curling, course en sac, lancer de bouses, crachat de noyaux de quetsches… Quelle que soit la discipline, celle-ci reste ni plus ni moins qu’un jeu organisé par un ensemble de règles définissant sa pratique. Justifier un dévoiement de ces règles par un rapport aussi romantique que fantasmé à la « vraie vie » revient à donner au sport une solennité, une pompe qu’il n’a pas et ne devrait pas avoir. Le sport reste avant tout un divertissement, du latin divertere, détourner de ce qui préoccupe en amusant, faire diversion. Il suffit de voir les scènes de liesse qui ont traversé la France ces derniers jours pour s’en convaincre. Panem et circenses
Au-delà de cet angle philosophique, considérer la question de manière pragmatique est éclairant. Point d’angélisme dans nos propos : la perfection n’étant pas de ce monde, une part de tricherie est à prévoir. Après, tout est une question de mesure. Quelles sont les répercussions concrètes d’un niveau élevé de simulation sur un sport, comme c’est le cas dans le football ? Le flop hache le jeu, casse le rythme, échauffe les esprits, encourage la défiance envers les décisions arbitrales et la validité des résultats : un mélange peu attractif pour des fans qui risquent, à terme, de se détourner de leur sport favori.

Revenons au ballon orange. La NBA n’est pas peuplée d’anges et le flopping y est bien présent. Contrairement à ce que certains américains souhaiteraient nous faire croire, il n’a pas été importé par les joueurs européens et sud-américains qui affluèrent dans la ligue dès la fin des années 80 (même s’il faut reconnaître que certains des plus grands artistes du flop sont originaires de ces contrées).
Dans un sport réputé sans contact (on insiste sur le « réputé » ; si notre parole ne vous suffit pas, regardez donc un match de playoffs des années 90 entre le Heat et les Knicks), sous quelles formes le flop se manifeste-t-il ? Pour vous en donner une meilleure idée, voici quelques exemples de joueurs présents ou passés dans leurs œuvres, et au passage, quelques-uns des flops les plus ridicules qu’il nous ait été donné de voir :

Manu Ginobili
Vous le savez, on adore l’argentin au point que l’on redoute le jour tout proche de sa retraite. Mais s’il est un aspect du jeu de Gino que nous ne regretterons pas, c’est bien cette propension un peu trop régulière à se jeter dans tous les sens au moindre effleurement. Ce talent peu commun a été immortalisé dans « Manu Flops », une reprise du « Lollipop » de Lil Wayne. Et quand il croise la route de floppeurs d’exception comme Raja Bell et James Harden, cela donne deux double flops aussi rares que mythiques.

Marcus Smart
Encore jeune, mais déjà un sérieux client. En quelques saisons, le combo guard trapu des Celtics s’est taillé une réputation de floppeur en série. Son plafond de la Chapelle Sixtine est sans conteste ce saut carpé arrière suite à un pseudo-contact avec le frêle Kyle Korver, une image qui évoque l’espadon sautant hors de l’eau.

Chris Paul
Baby Boss. Chris Paul est un patron sur le terrain, mais il cherche trop souvent à compenser sa relative petite taille pour un basketteur (1,83m) par ses innombrables flops et autres manœuvres délétères. Quand on a un tel talent, la taille n’est pas une excuse ; à ce qu’on sache, on ne voit pas N’Golo Kanté flopper à tout-va.

LeBron James
Crime de lèse-majesté ? Affirmer que King James est un floppeur est un constat blasphématoire mais néanmoins vrai. Alors certes, il se fait souvent tronçonner et les arbitres ne sifflent pas le 1/5e des fautes qu’il subit. Mais quand on est suffisamment talentueux pour dominer tous ses adversaires à la régulière, avoir recours au flop, c’est assez petit.

Vlade Divac
Un artiste du flop. Avec ses qualités d’acteur, pas étonnant que le serbe ait débuté sa carrière NBA à quelques encablures d’Hollywood. L’ensemble de son œuvre est si impressionnant qu’il incarnera éternellement le stéréotype du joueur européen truqueur et roublard. Il faut tout de même lui reconnaître une certaine auto-dérision sur le sujet.

Le flop est un élément parasitaire du jeu qui risque, s’il n’est pas jugulé, de le corrompre au point d’être irrécupérable. Face à une recrudescence du flopping en NBA ces dernières années, la ligue a cherché à circonscrire l’incendie en passant de nouvelles règles dès 2012. Pour dissuader les floppeurs en puissance, la NBA a institué un système de riposte graduée : un avertissement au premier flop, puis 5 000$ d’amende au 2e, 10 000$ au 3e, 15 000$ au 4e, 30 000$ au 5e, et des suspensions au-delà.  Ces infractions sont détectées a posteriori, en revisionnant chaque match, ce qui évite l’inconvénient de multiples demandes d’arbitrage vidéo en cours de partie, avec les cassures que celles-ci provoquent dans le flot du match. Dans une ligue où le salaire minimum annuel est actuellement de près de 600 000$, on peut s’interroger sur le réel impact d’une règle qui vient taper le portefeuille des joueurs. Ce système s’est toutefois avéré dissuasif durant les premiers temps de son entrée en vigueur, à tel point que la ligue a infligé assez peu d’amendes ces 6 dernières années. Mais à mesure que les règles changent, les joueurs s’adaptent et trouvent de nouvelles méthodes pour les exploiter. Comme Sisyphe poussant chaque jour son rocher, la guerre contre le flopping n’est pas près de prendre fin.

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